Perles de Lumière – VII/VI

6 mai 2026

« Le temps des hommes est de l’éternité pliée. »

Jean Cocteau (1889-1963)

Aujourd’hui nous vous invitons à une Perle de Lenteur.

Une Perle qui prend son Temps…

Une Perle qui se permet de … perdre son Temps ?

Temps perdu, Temps retrouvé ?

Nous allons écouter le second mouvement, « Adagio non troppo », de la deuxième symphonie en ré majeur, Opus 73, de Johannes Brahms, dans une version de 1991 par Sergiu Celibidache à la tête des Münchner Philharmoniker.

Pourquoi cette version, plutôt qu’une autre ?

Parce que Celibidache, mieux que quiconque, nous parle du temps.

Pour lui, le temps, dans la musique comme en général n’est pas une question de montre ni de métronome. C’est une question philosophique, de perception, de présence, d’acoustique, et, par-dessus tout, on trouve chez lui cette notion d’unicité.

Ce moment unique, ce temps que l’on ne peut pas mesurer, car on se trouve tellement pris par le flux de notre expérience qu’on en oublie la notion même de temps.

Pour lui c’était la condition même de la musique.

D’ailleurs il a refusé toute sa vie les enregistrements en studio pour cette raison précise.

Pour notre bonheur il a quand même accepté quelques enregistrements en life, ce qui nous permet d’avoir encore accès à sa magie, même aujourd’hui.

On sait par différents témoignages de public présent dans ses concerts qu’on y ressentait une véritable sensation de « temps suspendu »…

Pour revenir à notre symphonie, le tempo choisi est extrêmement lent par rapport à tous les autres enregistrements.

Celibidache considère l’indication de tempo de Brahms « Adagio non troppo » non pas comme un Adagio funèbre, comme dans sa troisième symphonie, mais plutôt comme un chant. Et il fait chanter l’orchestre de telle façon que ça nous transporte dans une nouvelle dimension. Il laisse le temps au son de finir, de résonner, avant de continuer, et l’on perçoit vraiment sa volonté exprimée dans cette phrase culte pour lui, phrase Mozart qu’il aimait citer : « La musique n’est pas dans les notes, mais dans le silence entre les notes »

Et avant de nous plonger dans l’écoute, quelques réflexions sur la musique de Brahms, sur cette pastorale d’une grande sérénité, ce chant sublime dans lequel nous pouvons nous laisser envelopper – nous ne sommes pas dans un drame mais dans une rondeur, une douceur. Le mouvement est dans la tonalité de si bémol majeur, selon Brahms la plus ronde et la plus chaleureuse qui soit. Et c’est là que la magie de Celibidache intervient, en permettant à chaque note d’exister et au temps de mûrir à point.

Bonne écoute !

Dominique et Carlo

Johannes Brahms (1833-97) – 2ème symphonie en si bémol majeur Opus 73, 2ème mouvement : Adagio ma non troppo, dirigée par Sergiu Celibidache (1912-96) à la baguette des Münchner Philharmoniker

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Et si vous voulez l’entendre dans une autre version, voici celle de Claudio Abbado (1933-2014) et des Berliner Philharmoniker afin de vous faire votre propre idée…

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