
19 février 2026
«Se taire et écouter, pas un être sur cent n’en est capable, ne conçoit même ce que cela signifie. »
Samuel Beckett (1906-88) in Molloy (1951)
Bonjour à vous toutes et tous, chères amies et chers amis,
aujourd’hui nous allons rendre hommage à un tout grand monsieur, qui fête ses 100 ans !

Une occasion à ne pas manquer – comme disait Pierre Desproges : avis aux centenaires, dépêchez-vous ! – il n’y a donc pas de temps à perdre.
Notre invité du jour s’appelle György Kurtág, et peut-être vous souvenez-vous de l’avoir entendu dans l’un ou l’autre de nos programmes à Dragey-Ronthon ou ailleurs, ainsi que dans nos Perles, car il compte parmi les compositeurs que nous chérissons le plus. (Vous trouverez à la fin de cette perle notre toute première, datée du premier décembre 2020, qui lui était dédiée 😉
Né le 19 février 1926, donc, à Lugoj, dans la minorité hongroise de la Roumanie d’alors, Kurtág ne serait certainement pas d’accord avec Desproges. Lui qui en 2011 annonçait un peu de retard à son premier ( ! – il avait alors la bagatelle de 85 ans) opéra, sur un livre de Sanuel Beckett, « Fin de partie » ; opéra qu’il termina enfin en 2015, et qui fut donné en première en 2018 (son âge alors était de 92 ans…).
Et ce n’est pas terminé puisque son deuxième opéra, « Die Stechardin », qui raconte l’histoire d’amour naissante entre une marchande de fleurs, Maria Dorothea Stechard (1765-1782), (morte à 17 ans, donc…) et le philosophe, écrivain et physicien allemand Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799), de 20 ans son aîné, vient d’être achevé. Le livret, (d’après une histoire véridique) du dramaturge allemand Christoph Hein, s’inspire des lettres et écrits du philosophe pour créer un opéra tout au féminin dans son rôle principal, composé en hommage à sa femme Marta, décédée en 2019.
Cette œuvre sera donnée pour la première fois demain, le 20 février, à Budapest, pour fêter les cent ans de Kurtàg.
Nous vous proposons ici l’écoute de deux pièces, très différentes l’une de L’autre.
La première, « O Lamm Gottes unschuldig », BWV 1085, de Jean-Sébastien Bach, dans une transcription pour piano à quatre mains, interprétée ici par sa femme, Marta, et lui-même, fait partie des nombreux hommages de Kurtág pour ses grands prédécesseurs, tels que Bach, comme ici, ou encore Palestrina, Machaut, Lasso, Schütz, Frescobaldi et tant d’autres.

La seconde est une œuvre de musique de chambre originale, mais un hommage quand même, puisqu’il s’agit de son « Hommage à Bach », dont il existe plusieurs versions ; en voici celle pour quatuor à cordes dans l’interprétation du Keller Quartett.
Et pour terminer cette perle en poésie, voici un dernier hommage, cette fois pour le grand poète, écrivain et reporter néerlandais Cees Nooteboom (1933-2026). Il vient juste de nous quitter le 12 février dernier, et nous offre cette poésie – à laquelle Kurtág n’est pas tout à fait étranger 😉
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“J’ai vu sur un CD de György Kurtág une pierre à deux oreilles. Non pas sur les côtés, mais face à face en relief. Entre les deux une surface vide.
Cela semble ancien, mais la photo,
si nette, ne porte aucune légende. La pierre écoute-t-elle, m’entend-elle si je demande son sens ?
Je me tiens coi, voulant savoir ce qu’elle entend, et j’entends le silence. Alors je fredonne tout bas
et rêve que la pierre va bouger. Mais la pierre reste figée comme une pierre. Derrière l’oreille droite une brisure. L’a-t-elle au moins entendue ? Mais cela non plus
elle ne le dit pas.”

Bonne écoute, bonne lecture, et à bientôt,
Dominique et Carlo
P.S. Et pour finir, comme promis, la toute première
Perle de Lumière de la Clef des Chants :
Perle de lumière -1

(…en regardant le temps passer…)
Premier décembre 2020
Nous voici enfin arrivés aux perles de lumière !
Bonjour à vous et bon mois de décembre !
Si vous êtes d’accord, nous allons commencer aujourd’hui par une petite citation de Eugène Ionesco :
« On croit faire des expériences, mais ce sont les expériences qui nous font ».
Et puis la musique du jour, qui nous sera offerte par deux grands messieurs, que les amis de la Clef des Chants connaissent déjà bien : Jean Sébastien Bach et György Kurtàg. En apparence très éloignés l’un de l’autre – dans le temps, mais certainement deux très grandes âmes reliées l’une à l’autre par leur dévotion à la musique.
Voici une sonatine de la cantate “Actus tragicus”, BWV 106 de Bach, transcrite pour piano à quatre mains par Kurtàg et interprétée par sa femme Marta et lui-même.
Bonne écoute, et à bientôt;-)
« Vraie Lumière,
Celle qui jaillit de la Nuit ;
Et vraie Nuit,
Celle d’où jaillit la Lumière. »
François Cheng
(De « Enfin le royaume », quatrains)
(Pour la musique cliquez sur le lien ci-dessous)
Si vous avez le temps et l’envie voici encore la version originale de la cantate de Bach :
Dominique et Carlo