Perles de Lumière – II/IV

24 janvier 2026

« […] C’est une affaire sérieuse que le simple fait d’être en vie par ce matin frais dans le monde brisé. […]

Mary Oliver (1935-2019) – Invitation

JOYEUX ANNIVERSAIRE, SIGNOR CLEMENTI !

Le compositeur et pianiste Muzio Clementi © Getty – DEA / A. DAGLI ORTI / Contributeur / De Agostini

Bonjour à vous !

Celles et ceux parmi vous qui nous connaissent bien, savent que fin janvier arrive l’anniversaire de Wofgang Amadeus Mozart, et que nous ne perdons jamais l’occasion ici de le fêter dignement. Mais cette fois-ci, surprise ! Nous allons fêter un autre anniversaire, un autre compositeur, en quelque sorte un « rival » de notre cher Wolfgang.

Nous avons nommé Muzio Clementi (1752-1832) compositeur italien né quant à lui à Rome le 24 janvier 1752, quatre ans et trois jours avant Mozart.

Et pour commencer la fête, voici un morceau interprété par  Phil Collins, guitariste du groupe Genesis :

Sur Spotify :

Sur YouTube :

Belle musique, jolie chanson, non ? Bien sûr, Phil Collins – ou plutôt les auteurs de la chanson, Carole Bayer Sager et Toni Wine – savaient où trouver  l’inspiration 😉 sì je vous disais d’écouter ça ? Le troisième mouvement de la sonate en Sol Majeur de l’Opus 36 de Clementi ? Ça vous parle ?

Sur Spotify, interprété par Gino Gorini :

Sur YouTube, interprétée par Qi Zhang :

Eh bien oui, le thème de ce petit mouvement de sonate a donné sa mélodie à cette belle chanson de l’âge d’or du rock !

Mais je vous parlais tout à l’heure d’un « rival » de Mozart. Pourquoi ? Ce n’est vrai que dans un sens d’ailleurs, Mozart considérait Clementi comme son rival, mais Clementi quant à lui, était un de ses plus fervents  admirateurs. Bref, les deux étant connus pour leur formidable talent de pianiste, l’empereur Josef II eut l’idée de les convier à une joute musicale. Ils étaient tellement au sommet tous les deux qu’un match nul fut déclaré. Peut de temps après, Wolfgang écrivait à son père :

« Clementi joue bien, pour ce qui est de l’exécution de la main droite. Sa force réside dans les passages en tierces. Par ailleurs, il n’a pas un kreutzer de sentiment ou de goût. En un mot, c’est une simple mécanique.»

Il ajoute même dans une autre lettre : « Clementi est un charlatan, comme tous les Italiens, il écrit presto mais ne joue qu’allegro, j’ai pu le constater. » 

(Pauvre Clementi, qui a cru jusqu’à la fin de sa vie en l’estime de son éminent collègue, découvrant ces lignes après la mort de ce dernier, dans sa correspondance devenue de domaine public !)

Alors suite à cette révélation, je vous propose une autre écoute, le début de la sonate op. 24 n. 2 de Clementi interprétée ici par Vladimir Horowitz :

Sur Spotify :

Sur YouTube :

Avez-vous, vous aussi, cru  entendre le début de la Flûte enchantée ?

No comment…

Sì ce n’est que la flûte enchantée à été composée en 1791, et cette sonate en 1782.

Clementi lui-même, qui a survécu de longues années à Mozart, a tenu à indiquer dans les nouvelles éditions de cette sonate qu’ « elle avait été composée presque dix ans avant la Flûte enchantée ». – Oui, j’ai oublié de mentionner son activité d’éditeur. Il publiait des partitions, parmi lesquelles les siennes bien sûr ! Il avait d’ailleurs l’exclusivité de la publication des œuvres de Beethoven en Angleterre, qui était un de ses plus grands fans ! Il estimait beaucoup les compositions de Clementi, et tollérait même – en bougonnant quand même un peu…- que ce dernier changeât parfois quelques harmonies à ses manuscrits avant de les publier !!! –

L’histoire de la musique est remplie de petits « emprunts », de petites « copies », et de plus grands « plagiats », bien sûr. Et l’ « emprunt » éventuel de la Flûte Enchantée n’a jamais été confirmée par Mozart, le doute – minime quand même – est donc permis !

Toujours est-il que ce Muzio Clementi, de son vivant considéré comme le Dieu du piano, – il a même eu droit à des obsèques nationales et une inhumation à Westminster Abbey, pas mal pour un petit émigré italien ! – est hélas bien oublié depuis quelques siècles. Sauf, bien sûr, des professeurs et élèves de piano, pour lesquels ses fameuses « sonatines » sont un passage forcé (eh bien oui, évidemment, il était aussi un très grand pédagogue !). Il serait grand temps de le redécouvrir quelque peu.

Voici donc comme pièce choisie pour célébrer aujourd’hui Muzio Clementi,  la sonate en sol mineur « Didone abbandonata », Op. 50 N. 3. Une merveille. Comme écrit le musicologue Guy Sacre, dans son livre « La musique de piano », paru chez Robert Lafont en 1998, « Sans Clementi […], nous n’aurions pas eu Beethoven, ou du moins pas le même. Ce que le cadet doit à l’aîné est innombrable, et l’on appelle abusivement « beethovéniens » toutes sortes de traits qui ont d’abord été « clementiniens » et il mérite vraiment qu’on « l’aime pour son propre compte » !

Bonne écoute et à bientôt !

Sur YouTube, interprétée par Igor Cognolato :

Et sur Spotify, interprétée par Olivier Cavé :

I – Largo patetico e sostenuto

II – Allegro ma con espressione, deliberando e meditando

III – Adagio dolente

IV – Allegro agitato e con disperazione

La mort de Didon, Joseph Stallaert, 1872